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Brittney

 

Quand des règlements de protection des consommateurs sont invoquées dans une convention engageant les fonctions reproductives et corporelles d'un être humain

 


PHOTO : Canva



 

Sources des informations :

 

COMPACT - Carmel Richardson 12 décembre 2023

The Joy—and Horror—of Surrogacy

The Center for Bioethics and Culture Network 2024

WHEN SURROGACY GOES BADLY, THERE ARE NEVER ANY WINNERS

 



 

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Un couple exige de sa mère porteuse, atteinte d’un cancer, qu’elle avorte l’enfant et refuse de consentir aux soins pour leur bébé prématuré.

 

Brittney Pearson, mère de quatre enfants vivant en Californie — un État où la gestation pour autrui est commerciale — s’engage en 2022 dans une seconde GPA pour un couple d’hommes. À 24 semaines de grossesse, tout bascule : elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Après le choc initial, elle alerte l’agence qui l’a recrutée et se tourne vers son équipe d'oncologie pour savoir comment protéger l’enfant qu’elle porte pendant les traitements. Les médecins se veulent rassurants : la chimiothérapie administrée pendant la grossesse ne mettrait pas le fœtus en danger, les traitements plus lourds pouvant être différés après l’accouchement. Brittney Pearson accepte ce protocole, déterminée à mener la grossesse à terme.

 

Mis au courant de la situation, les parents bénéficiaires réagissent vivement. Ils exigent d’être présents lors des consultations médicales et de s’adresser directement à l’oncologue. Brittney leur propose plutôt de leur communiquer les informations après chaque rendez-vous, mais ils refusent. La situation se tend rapidement : le couple finit par menacer Brittney et son équipe oncologique de poursuites judiciaires.

 

Menaces

S’engagent alors des échanges entre conseils juridiques portant sur la question du droit des parents prospectifs de s’opposer aux traitements oncologiques administrés à Brittney pendant sa grossesse. Cette entente de GPA s’inscrit en Californie, État réputé pour son progressisme. Il est permis de s’interroger sur l’issue qu’aurait une situation analogue en Ukraine, au Gabon, en Ouganda, au Mexique ou en Colombie.

 

Malheureusement, une IRM révèle par la suite la présence de métastases. L’équipe oncologique informe Brittney que, pour sauver sa vie, des traitements plus agressifs doivent être entrepris rapidement, ce qui implique de provoquer l’accouchement. Les équipes médicales se mobilisent alors pour mettre en place des soins spécialisés pour grands prématurés et tout est organisé afin de maximiser les chances de survie du bébé. Les parents prospectifs s’y opposent et menacent de poursuites les hôpitaux ainsi que l’équipe oncologique.

 

Quand a-t-on vu un futur père refuser son enfant s'il naît avant la 38ème semaine?

Le couple refuse catégoriquement d’accueillir un enfant né avant la 38ᵉ semaine et s’oppose à ce que des soins lui soient prodigués. L’enfant meurt quelques temps après sa naissance, alors même que Brittney avait trouvé des parents prêts à l’adopter. Elle revient sur ce récit bouleversant dans une entrevue avec Jennifer Lahl.

 

On peut condamner le comportement des parents prospectifs, mais il est impossible d’ignorer ce qui les autorise à agir ainsi. La reconnaissance juridique de « contrats » portant sur les fonctions reproductives d’un être humain installe une logique marchande qui transforme ces situations en rapports de consommation. Dès lors que ces ententes sont traitées comme des services appliqués à des corps humains, certains clients se sentent légitimés à formuler des exigences indignes.

 

Un conjoint qui manifesterait de telles exigences à l’égard de la mère de son enfant pourrait être qualifié de se livrer à une forme de « contrôle coercitif ». En règle générale, un homme appelé à devenir père a à cœur la préservation de la vie et de la santé de sa conjointe et de leur enfant, a fortiori lorsqu’elle est la mère de ses enfants.

 

Dans ce cadre, certains clients s’estiment fondés à exprimer des exigences qu’ils ne formuleraient pas à l’égard d’une conjointe, au motif qu’ils ont placé le corps d’une femme « sous contrat », rémunéré une pluralité d’intervenants et nourrissent l’attente d’un résultat.

Il serait socialement réprouvé d’imposer à sa conjointe, par écrit, des exigences médicales, sanitaires ou comportementales pendant sa grossesse. C’est pourtant exactement ce que font les contrats de GPA. Des femmes y acceptent de se soumettre aux exigences de parfaits étrangers — des exigences qu’elles rejetteraient sans hésiter de la part d’un partenaire intime, au nom de leur autonomie et de leur agentivité. La GPA renverse ainsi le principe de libre disposition de son corps : elle en organise la mise sous contrainte contractuelle.