Médias et GPA

Porteuses de vie

Cette page analyse la série télévisée "Porteuses de vie" sous l'ange du droit des femmes et de la dignité humaine, y compris celle des enfants à naître de ces conventions.

Comment les médias québécois couvrent-ils la grossesse par autrui ?

Image Novoo

La série "Porteuses de Vie" est une série documentaire des Productions J. La série a été diffusée pour la première fois à Canal Vie en 2023 et suit des mères porteuses et des parents bénéficiaires dans leur parcours de grossesse pour autrui (GPA).

La série se veut un documentaire pour "démystifier" le processus des femmes porteuses. Sans rien changer au contenu, le documentaire peut facilement être vu comme un plaidoyer abolitionniste de la GPA tant les faits, les discours et les commentaires qui y sont présentés sont préoccupants.

 

Les mères porteuses

La perspective des enfants

Au deuxième épisode, l'animatrice demande : "Les enfants eux, est-ce qu'ils comprennent ? "

Marie-Ève (qui s'identifie comme étant une "génétrice") répond : "Maintenant oui. La première, la deuxième fois, pas tant. Il y a de l'engouement cette fois-ci.

La conjointe de Marie-Ève (qui s'appelle Marie-Ève aussi) ajoute :

Ma fille a vécu un stress l'année passée. Elle avait peur que, vu qu'on donnait des bébés que Marie-Ève porte, qu'on la donne elle aussi. Il a fallu que Marie-Ève lui explique " Elle a été voulue par ses deux mamans, mais si les autres parents n'existaient pas ces bébés là ne seraient pas là.

Le discours transmis à la fille de la conjointe de Marie-Ève présente la mère porteuse dans un rôle de « réparatrice » pour des personnes dont « le ventre serait brisé ».

Or, dans le cas de personnes seules ou de couples d’hommes — comme dans l’arrangement de GPA de Marie-Ève — cette condition ne correspond pas à la réalité : le ventre de Pierre-Luc n'est pas brisé, il s'agit d'un homme gay célibataire qui souhaite avoir un enfant sans conjointe et sans conjoint. Si ce type d’explication peut être reçu sans remise en question par un enfant, il est possible qu’il sera réévalué à mesure que celui-ci grandit et développera sa compréhension. Comment intègrera-t-elle ce mensonge ? Tout dépend de sa trajectoire personnelle et de sa personnalité.

La question de la définition du lien de filiation maternelle est évacuée du discours des deux femmes. L’enfant sera pourtant amené, tôt ou tard, à se demander ce qui fonde ce lien entre les adultes et les enfants qui l’entourent. Dans cette perspective, la maternité et le rôle de génitrice sont définis non pas par un ancrage biologique ou relationnel, mais par les intentions d'une femme : celle de garder l’enfant ou de le céder.

Pour un enfant, une telle conception peut s’avérer difficile à appréhender et à intégrer.

À l’épisode 8, le documentaire présente Rachel et sa fille Florence. Florence, une préadolescente, est l’une des deux enfants de Rachel. On lui demande, devant la caméra, de s’exprimer sur le lien qui l’unit au bébé Emmanuelle, né d’un arrangement de GPA entre sa mère et des amis.

En réalité, Emmanuelle est sa demi-sœur, puisque Rachel a utilisé ses propres ovocytes. La conception s’est faite par insémination dite « artisanale », sans contact physique, à partir d’un mélange du sperme du couple d’hommes.

L’animatrice lui pose alors la question suivante : « Emmanuelle, dans ta tête, c’est qui pour toi ? »

Ça c'est dur. C'est dur à expliquer. C'est comme "mon amie" de l'ami de maman. Puis, ma soeur d'une certaine manière, ça fait que...je ne sais pas trop là. Un moment donné ça devient ma cousine là."- Florence

L'animatrice : "Est-ce que vos papas vous ont raconté l'histoire de votre naissance?"

Réponse d'un des enfants : "Chaque année je trouve que ça change"

Il y a beaucoup de personnes qui me disent : "comment t'es vivant si t'as même pas de mère ?" - Kay-Cee ( épisode 1 )

Ça a coûté combien de dollars pour les payer ? - Kay-Cee

La perspective des grands-parents

 

Josée, la mère de Marie-Ève, a mal intégré la première GPA de sa fille.

J'ai mis mes parents au pied du mur. Je ne leur ai pas demandé la permission. Je leur ai pas demandé s'ils étaient d'accord, je leur ai pas demandé ce qu'ils en pensaient.- Mère d'Antonio (grand-mère des jumeaux)

 

Josée explique qu’elle avait déjà quatre petites-filles. Lorsqu’elle a appris que Marie-Ève portait un garçon, elle a éprouvé de la peine à l’idée qu’il soit confié à d’autres. Constatant la réaction négative de sa mère, Marie-Ève a pris ses distances pendant trois ou quatre mois — une période que Josée décrit comme un « petit froid ». À la naissance de l’enfant, Marie-Ève a partagé une photo, qui a ravivé chez Josée un sentiment de souffrance, elle qui en était la grand-mère biologique.

 

 

Pour la mère d'Antonio, (la grand-mère des jumeaux et de Mayson), la question de la GPA se résout par le fait que les deux mères porteuses n'étaient pas liées "génétiquement" aux 3 enfants. Sa situation est l'inverse de celle de Josée car elle est "bénéficiaire" de l'arrangement par le lien génétique du fils et de son conjoint.

J'avais peur que la mère porteuse ait un lien direct avec l'enfant. Finalement la mère porteuse, c'est un incubateur. Elle a aucun lien avec cet enfant là.- Mère d'Antonio (grand-mère des jumeaux)

 

La mère de Marie-Claude a vécu différemment les GPA de sa fille à partir du moment où cette dernière a utilisé ses propres ovocytes. Elle confie à l'animatrice :

 

Béa c'est sa fille. Biologiquement (elle veut dire "génétiquement" et "biologiquement"). T'sais, ça j'ai d'la misère. J'ai huit petits-enfants. Alors pour moi elle fait un petit peu partie...peut-être pas à 100% mais il y a un petit quelque chose, tu sais...un petit attachement. J'aurais aimé ça la voir une fois la petite, mais les papas n'ont pas voulu. Alors ça, j'ai trouvé ça...pas fin.
J'étais pas contente. J'étais fâchée un petit peu après eux-autres. J'ai dit, "je ne veux pas la voler, je veux juste la voir une fois."
Mais c'est leur choix. Marie elle leur a donné la petite, c'est moi qu'il faut qui vive avec ça, qu'il faut qui accepte ça.- Mère de Marie-Claude (grand-mère de Béa)

Isabel Côté

La perspective de la Chaire de recherche du Canada – Procréation pour autrui et liens familiaux

Au tout début de l'épisode 7 de la série documentaire "Porteuses de vie" , la titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la procréation pour autrui et liens familiaux déclare ceci :

 

Les personnes qui s'opposent à la GPA vont souvent mettre de l'avant ce qu'on appelle la chosification des enfants, c'est-à-dire que ce n'est pas un droit d'avoir un enfant, et donc, les personnes qui veulent en avoir un et ne peuvent pas en avoir un par elles-mêmes, puis qui ont recours à une mère porteuse, considèrent l'enfant comme un bien de consommation comme un autre.

Donc on s'achète un enfant comme on pourrait s'acheter une télévision par exemple. Ce que ça fait, c'est que ça invalide le désir d'enfants de ces parents-là. C'est comme si les parents infertiles n'avaient pas le droit de vouloir des enfants. Comme si leur désir d'enfant était moins légitime que celui des personnes fertiles.- Isabel Côté (Épisode 7)

Dans cette déclaration, Mme Côté évoque elle-même l’argument des opposants à la GPA, selon lequel cette pratique entraînerait une forme de chosification des enfants. Plutôt que d’y répondre en démontrant que cette critique est infondée, elle en réinterprète le sens. Elle soutient que la critique selon laquelle des enfants sont l’objet d’un contrat (la chosification) équivaut à nier le désir d’enfant des bénéficiaires.

Cet argument est indigne d'une titulaire de chaire de recherche

 

Mme Côté fait un procès d'intention aux opposants à cette pratique. Selon elle, les opposant "invalident le désir d'enfant des personnes infertiles". Elle fait abstraction que la critique des opposants porte sur les moyens, et non sur la légitimité du désir

 

Nous avons souvent énoncé que l'industrie de la GPA se fonde sur la souffrance humaine. En voici une autre démonstration. L'argument de Mme Côté tient au fait que c'est la souffrance psychologique des personnes infertiles qui justifie la chosification des enfants.